C'est la troisième fois que nous nous rendons à Saint Martin de Vésubie, petit village tranquille du haut pays niçois perché à 1000m d'altitude. Mais ce n'est que la seconde fois que nous y avons rendez vous avec le grand raid du Mercantour. Celui-ci n'a que quatre éditions au compteur, et déjà la légende grandit. En 2005 j'avais manqué le coche en étant blessé (cruralgie qui m'a cloué à la maison une bonne partie de l'été). Jacqueline avait dû abandonné sur une erreur d'appréciation du guide sur les barrière horaires. L'épreuve ayant lieu une année sur deux, Jacqueline et moi avons un goût de revanche dans la bouche en abordant la course, ce samedi matin 16 Juin 4h00.
Avant d'entamer les hositilités, L'Dingo a rameuté toute la troupe des kikoureurs pour prendre un verre au café du Mercantour, ce ne sont plus les les avatars virtuels avec lesquels nous conversons sur kikourou ou UFO mais des personnes bien réelles et chaleureuses. Comme avant toute rencontre, nous nous présentons. Extrait d'une conversation
<<Bonjour je m'appelle ("bon je donne quoi comme identité ? mon pseudo kikourou / etc... / ou mon nom réel, allez va pour le nom réel") Jean-Marie, ("oui mais d'un coté ça ne parle pas trop") Akunamatata sur kikourou et Ufo.>>
Et tout d'un coup le visage s'anime, notre interlocuteur raccroche les wagons, aaaaaaah oui. Bref très rigolo comme entame de réunion, ça fait un peu site de rencontres sur internet (enfin j'imagine). Mine de rien nous sommes une petite quinzaine au café (cliquer sur les photos pour mettre un pseudo sur les visages) et Sylvain a la bonne idée de réserver un restaurant ce soir pour tous.
L'inévitable briefing rassemble tous les concurrents à 19h sur la place du village, ci dessous les sudistes sont venus en force.

Si l'on a fêté l'anniversaire de Rapace74 virtuellement, rien ne vaut un bon vieux "joyeux anniversaire" chanté faussement pour
perpétuer la tradition dans le monde réel (oui je sais ça fait un peu bizarre de parler comme ça mais si vous me lisez, vous êtes vous même un peu gagné par le monde virtuel, n'est ce pas ?) .
Cliquer sur la photo pour les commentaires.

Je quitte la bande de joyeux drilles vers 22h00 pour rejoindre une Jacqueline déjà prête à dormir dans la salle polyvalente. Cette année, la salle est presque vide, à peine une dizaine de
coureurs ont choisi cette solution, contrairement à l'an dernier où elle était pleine à craquer. Les organisateurs ont réussi à mieux répartir le flux des coureurs (600 environ) et leur famille
dans le tissu d'hébergement de Saint Martin. Le réveil est programmé à 2h15 pour un départ à 4h00 samedi matin.
Il me faudra bien tout ce temps pour préparer mes sacs. Nous allons crapahuter en milieu montagneux donc l'équipement est conséquent (lampe frontale, courverture de survie, sifflet, gants etc..). L'alimentation est tout aussi primordiale, j'utilise une gourde d'eau plate et l'autre d'eau + caloreen dosée à 60 g/l (j'ai une réserve de poudre blanche qui me ferait passer pour Al Pacino dans scarface), Crème de marron Jacqueline elle est plutot patate cuite. Chacun son truc, à vrai dire, j'ai fait une check list trail et chose incroyable, celle ci est plus longue que ma checklist de triathlon ! Ci dessous les kiks et leur casquette rouge personnalisées avec leur pseudo.
Je trouve les sympathiques Reynald et Jean, deux ciotadens de l'OCCP que je croise régulièrement le dimanche matin à la piscine. Ils vont courir tandis que je roule avec mon club de la ciotat triathlon.
Petite animation sur googleearth du parcours, je vous rassure la neige n'y est plus!
Thierry est là à nous attendre pour vérifier si tout ce passe bien, (c'est le cas), l'ambiance est badine. Chacun sait que la route est longue, la plupart marche autour de moi, nous devons être
autour de la 450 ème place. J'ai décidé de courir avec Jacqueline au début puis ensuite de l'attendre au pont du countet (km 50) pour attaquer ensemble la montée vers la vallée des merveilles
lors de la nuit prochaine.

Ptitjean et Tibichique dans la montée vers le col de Colmiane (km 5).






















La flore ne cesse de me surprendre par sa diversité. wikipédia nous dit:
Du fait de la variété du terrain et du climat (influencé par la jonction des Alpes et de la Méditerranée), le parc possède plus de 2 000 espèces de plantes dont plus de 40 endémiques[1], telles
des saxifrages, des orchidées. Peuplant les pentes, feuillus (chêne pubescent, pin sylvestre, chêne vert) et résineux (sapin, épicéa, puis mélèze et
pin cembro) se succèdent au fil de l'altitude jusqu'à 2 200
mètres.

Je rattrape Frank à la faveur d'un regroupement de traileurs.


L'élément eau est une constante ici.





On raconte que pendant la seconde guerre mondiale, une caravane de
soldats en déroute tenta une retraite précipitée, en plein hivers. Certains d'entre eux voulurent
traverser le lac, et la glace se rompit sous le poid des canons.


















Des traileurs nous croisent en descendant, j'essaye de les convaincre de finir avec nous, mais peine perdue ils ont déjà abandonné dans leur tête. Dommage qu'ils aient pris la décision à chaud,
car il y a moyen de de se refaire dans un raid de cette nature.

Jacqueline commence à ressentir les effets de l'altitude et de la fatigue accumulée, Guy en profite pour faire l'intérieur du virage. Je donne un peu de crème de marron à Jacq, mauvaise idée, ça
ne passe pas et lui retourne l'estomac. Hum pas bon, elle a du mal à absorber le liquide désormais, problème d'osmolarité?

Les palettes de couleurs , dues aux roches caractéristiques de la région, semblent moins intenses, mais le ciel nuageux où perce les rayons du soleil engendre de beaux effets de contraste.
Wikipédia nous dit:
Le secteur des Merveilles est situé au cœur du massif cristallin externe alpin de l’Argentera-Mercantour.
Sur un socle constitué de gneiss, migmatites et granites d’anatexie, repose une série fluvio-lacustre détritique d’âge permien.
Trois formations sont distinguées au sein de cette série permienne.
Les séries mésozoïques carbonatées ont été complètement érodées dans la zone et il faut redescendre vers la vallée de la Roya pour les retrouver.
Un modelé glaciaire mis en place il y a environ 10 000 ans confère sa morphologie particulière à la zone avec une série de polis glaciaires, moraines et blocs erratiques."

Enfin le Pas de l'Arpette (km 54, Alt 2511m, 4444 D+ cumulé)! Désormais, nous sommes annonceurs de la quille pour les courageux contrôleurs que nous croisons.
Le vallon est toujours aussi beau et la descente agréable, cependant Jacqueline n'en profite guère et sa descente manque de tranchant.


Le refuge des merveilles ci dessous n'est pas accessible par la route, il faut réserver assez à l'avance pour y trouver une place en pleine saison, le plat favori du patron: de la daube
(excellente, j'ai testé).
Dommage, qu'elle n'ai pas pu se reposer ici, car passé 45 minutes au refuge lui ont redonné la pêche. Leçon pour l'avenir: bien repérer les bases de vie ou endroits abrités pour pouvoir
récupérer. La logistique de rapatriement m'inquiète, Jacq passe la nuit au refuge et redescendra avec les bénévoles le lendemain. L'inconvénient c'est que personne du ravito va à Saint Martin
dimanche. En plus je n'ai pas d'argent pour payer la place au refuge, merci à elle. Heureusement que Florence propose de s'arranger avec le refuge et me donne rendez vous dimanche matin à 10h au
pont du countet. Je repars avec les serre files, un peu tracassé par ce délai car je ne sais pas si je vais être de retour au countet à cet heure. Ci dessous Hélène, François-Xavier et Didier
avec qui je vais passer une partie de la nuit.

Le soleil darde ses derniers rayons ocres qui rougeoient le petit lac d'altitude, rare moment de beauté...

Je discute bien avec mes nouveaux compagnons, et notamment sur ma dernière escapade dans le coin l'an dernier où
Jacqueline et moi furent surpris par un orage soudain. Et d'ailleurs le lendemain toute la vallée s'est parée d'un fin joli manteau blanc (en plein mois d'Aout!).
C'est une drôle d'expérience d'être intégré dans cette troupe, nous discutons beaucoup au début. Le rythme est bon en montée mais en descente il ne peut pas être très rapide car le débalisage prend du temps. Je ne veut pas partir seul dans la nuit même si je sais Guy et un couple à 30 minutes devant. Ma lampe se révèle faiblarde, et si je ne suis pas usé physiquement inutile de prendre des risques sur un terrain que je ne connais pas.
Nous faisons plusieurs pauses pour regarder le ciel étoilé, contrairement au jour, je regarde moins précisement le sol où je pose les pieds, laissant faire l'instinct. Et cela marche! Je ne suis pas tombé une seul fois contrairement à mes compagnons de route. Un coup d'oeil au calculateur d'allure me confirme que notre vitesse ne sera pas suffisant pour passer la barrière horaire du relais des merveilles fixé à 3h. Je suis fataliste car sans Jacqueline, la course n'est plus la même. Je suis un peu sorti de la course car je m'inquiète un peu sur la façon de rejoindre le pont du countet dans quelques heures pour retrouver ma belle. L'expérience de la nuit est intéressante, mais la fatigue aidant, je décroche psychologiquement. Les ombres se transforment en animaux, je suis frustré de ne rien pouvoir découvrir autour de moi au delà de notre petite bulle de lumière.
François Xavier désire intégrer l'équipe de serrefile qui partira du relais des merveilles jusqu'à l'arrivée. Or l'équipe partira dès 3h, nous serons là bas seulement vers les coup de 3h20-3h30. A 3km du relais, sur une partie du tracé qui emprunte la route nous croisons un bénévole en voiture. François accepte avec joie l'offre qui lui ai faite de rejoindre à temps le relais, je lui emboite le pas avec Hélène, sachant que je suis déjà hors délai et que l'idée fixe depuis quelques heures est ce rendez vous au pont du countet. Bizarre comment le cerveau fonctionne après 22h de course (les process de décisions et de prioritisation en sont vraiment affectés)... Didier et Marie Claude finiront à pied pour débaliser le sentier. D'ailleurs ils tomberont sur une Mamatrail (encore en forme) et sa compagne de route (au bout du rouleau) finissant ce partiel.
Au contrôle, il n'y a personne... Bon j'en profite pour grignoter sur la table de ravitaillement. J'aimerai bien dire à quelqu'un que je suis arrivé et que je suis hors délai (3h10). Un bénévole me demande si j'ai commandé un repas, ??? bizarre l'effet de la nuit sur les gens. Je croise des coureurs qui déambulent telles des ombres, d'autres sont allongés dans la tente. Je retrouve Guy qui est allé au bout de lui même. Enfin quelqu'un prend mon numéro, l'idée fixe est de rejoindre Saint Martin, je ne suis pas fatigué physiquement mais plutôt obsédé pas ce retour.
Il y a eu énormément d'abandons à ce point sur les 414 partis du refuge il en arrivera 290 au bout. Cela fait un sacré nombre de coureurs sur le circuit nécessitant une attention (dormir sur place ou rapatriement). L'organisation fut sans doute un peu prise de court sur la gestion délicate d'un si grand nombre de traileur. Pour ma part, j'ai de la chance, Bernard (entre autre le webmaster) me propose (avec 3 autres traileurs) un retour express sur saint martin de vésubie. J'arrive à St Martin vers 3h45, je croise Thierry Fadini à l'arrivée qui nous accueille, enthousiaste, à bras ouvert. Il nous offre une polaire pour les traileurs qui ont fait 75km (d'une couleur différente des finishers) . Je suis un peu cuit, atone, et surpris car j'ai abandonné. Alors pourquoi tant de félicitations? Un grand merci Thierry et désolé pour le peu d'entrain ce matin là, j'étais pas frais, ni mes compagnons de rapatriement d'ailleurs.
Je file prendre une douche à la piscine municipale, ouverte pour l'occasion et prend un repas. Il n'y a pas grand monde car seulement 110 personnes sont arrivées, preuve que la course fut sélective et qu'il ne fallait pas se référer au temps de l'édition 2005. Je dors 3h dans la voiture ( la salle polyvalente fut fermée par erreur) et je repars au pont du countet vers 9h.
Et c'est reparti pour une grimpette pour le pas de l'Arpette, après 30 minutes je retrouve une Jacqueline requinquée et souriante, mettant fin ainsi à mon obessession de cette nuit un peu
mouvementée.

Avec tout ça, nous avons raté toutes les arrivées et la remise des prix. Mais les kikoureurs sont là avec diverse fortunes pour les uns et les autres. Fastoch, en tongues, la souris, L'castor
Junior, Rapace, L'Dingo, Stef73 ont bouclé l'épreuve Ptijean, Xav04, L'Castor, Sylvain, MichelC, Hémé, Mathias n'ont pas fini non plus.

Rapace74 sort le Champagne, il nous a tous ébloui par ses progrès sur ce trail hors norme!
Tous les kikoureurs se retrouvent pour un repas d'après course, pour ma part je préfère ramener Hémérodrome à Nice avant de retourner sur la Ciotat. Au final j'ai apprécié la course plus par l'aventure, les rencontres et les rebondissements nombreux qui l'ont émaillé que la compétition elle même. Cette édition 2007, j'en suis persuadé, est entrée dans la légende par sa difficulté tout autant que sa beauté picturale.
Toutes les photos sont là.